Galerie de Monique Arnold Frigério

Textes
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L'ECRITURE


En contact depuis l'enfance avec l'écriture, Monique Arnold-Frigério fait un jour une "grande rencontre" à la Faculté de Lettres de Nice avec Marie-José Le Corre qui nous dit :
"Je connais Monique Frigério depuis longtemps puisqu'elle a suivi mes ateliers d'écriture depuis octobre 1993 jusqu'en juin 2001. Son désir d'écrire s'est très vite épanoui dans des textes de qualité, plus particulièrement dans l'écriture de chansons, de poèmes, de contes et de nouvelles. Je dirai que l'écriture de Monique Frigério se caractérise par un travail minutieux sur le langage, par le goût du jeu verbal et par une réelle sensibilité. Son conte musical pour enfants "Y a de la magie dans l'air!" qui fut joué au Théâtre de Nice atteste de la qualité de sa démarche.
Mais Monique n'en est pas restée là. Travaillant sur les questions de théorie, s'intéressant aux textes des grands auteurs, observant le processus de création en elle-même et chez les autres, elle s'est formée pour devenir animatrice d'ateliers d'écriture. Ajoutons à cela que ses qualités naturelles d'écoute et d'ouverture la désignaient d'emblée pour le travail d'animation. Et si son goût la porte plutôt vers les enfants, je pense qu'elle doit aussi aller vers les adultes qu'elle guidera avec compétences sur les chemins de l'écriture."

 

 

Métissage au fil des jours

Emploi du temps

Histoire d'I

 


 

Livre Objet

Métier à tisser,
texte articulé sur navette

 

Métissage au fil des jours

Couvé longtemps au cœur de l'artisan
Un texte paraît
Né d'impressions en impression.

D'abord brouillon, torchon, rayé, raturé
Au fil des jours les mots éparpillés
Sont mêlés, enchevêtrés, tressés, tissés, métissés.

La trame esquissée s'étoffe
Ligne après ligne
L'ouvrage prend du corps, du volume.

Un brin pastel, roman rose
Un brin ton vif, couleur chaude, voire torride
Sur toile de fond traitée en demi-teinte, en nuance.

Ecrit de vérité - autobiographie
Ou tissu de mensonge - roman
Cela importe peu.

L'intrigue espère être démêlée,
Le verbe attend de s'incarner
Sous des yeux qui le lisent, des mains qui le lissent.

Le texte rêve d'être livre,
Quitter la feuille, la plume sur la table
S'encrer dans la matière d'une table imprimée.

Car les mots, les cris non entendus, non lus
Tuent lentement, doucement, en silence
Celui qui les dit, les écrit.

Longtemps porté au sein de l'artisan
Le torchon raturé, brouillon rayé, retravaillé,
Est maintenant œuvre d'art perlée.

Les sons enlacés, entrelacés, tissés, métissés
Devenus sens, message pour inconnus
Cheminent vers l'ouverture, l'aventure de la lecture.

Le corps battant du texte
Brûlant de fièvre sous la couverture
Refuse de rester lettre morte, écrit vain.

 

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Femme multiple

 

Emploi du temps

Saturne, mon vieux complice,
Tu le sais j'ai donné tout mon temps à mon pays, à mon peuple, à mes amants, à mes amis, à la vie. Bref, je n'ai plus une minute à moi. Je n'ai pas vu le temps passer. Et pourtant je le sens peser. Je le surprends parfois traçant son chemin sur mon visage, mes mains, mon âme. Je me souviens de l'avoir tué quelquefois et j'ai des remords ou plutôt des regrets, car me voilà bien seule sans lui. .

Autant le dire tout net, le temps présent est imparfait, le passé est décomposé, et le futur est une promesse conditionnelle.

Actuellement, je passe les plus claires de mes heures à surveiller mon déclin et le reflet imparfait de mon image. Autrefois, j'avais un tempérament de feu, mais au fil des ans, le balancier de l'âge se liquéfie. Le temps d'avant était un bloc de granit, solide, sur lequel on pouvait compter. Le temps devant moi semble maintenant explosé, en poudre, en grains qui me sont comptés.

Le temps tasse, et un peu pliée, parcheminée, je me tiens en équilibre sur le bord du trop tard. Avant que je ne glisse dans le caniveau de l'oubli, et tant pis si je suis ridicule, je dois tenter de te persuader, ô Saturne, de m'accorder un complément de temps. Non pas un temps fatigué par sa course, lassé de pulser, de tourner. Mais du bon temps, perdu, gagné.

Entends ma prière, ô Dieu du temps, en souvenir du tandem que nous formions autrefois, et suspends ton impitoyable vol.

J'attends ta réponse avec impatience.

Hortense. Reine de Tanzanie.

 

En un délai record Hermès porta la missive à Saturne. Lancel ne voulant pas être en reste achemina la réponse :

"Détends-toi, Hortense, tout baigne. Tendresses. Ton Nano".

Sitôt dit, sitôt fait. Le temps suspendit son vol.

Ne pouvant plus prendre son temps, vu qu'il ne passe plus. Ni son pied, vu que ce temps-là est passé depuis longtemps, Hortense prend le thé de temps en temps ou l'air du temps quand elle le trouve. Mais c'est toujours le même air, toujours le même thé puisqu'on est inlassablement ici et maintenant. Faire durer le plaisir devient un passe-temps amollissant.

Succession de la même minute, du même jour de la même année et cela pendant...longtemps.

Depuis pas mal de temps déjà on est toujours au printemps, toujours au présent et Hortense attend le temps des cerises -mûres- qui ne revient pas. Vertes elles sont, vertes elles restent. Rien ne naît, ne s'use, rien ne se transforme, rien ne meurt. Et l'image qu'elle voit sans fin dans son miroir, si elle ne vieillit pas, ne rajeunit pas non plus. Il n'est plus jamais tôt, plus jamais tard. Hortense vit une mi-temps permanente et hors du temps qui fuit, elle s'ennuie.

Bientôt, mais un peu tard, explosant d'ennui elle supplie Saturne, qui attendait son heure, de laisser le temps reprendre librement son cours.


Demain étant réveillée à l'aube, Hortense entendra les forains installer leurs tréteaux pour le marché. De nouveau, le tempo des jours battra. En souriant, elle sortira et se dirigera vers l'étang, puis plongera dans son passé, simple et nue comme au premier jour. Lassée de l'éphémère, déçue de l'immobile, elle se laissera submerger par l'océan de l'éternité.

Instantanément, une partie d'Hortense renaîtra encore et toujours dans chaque femme de toutes les époques, condamnée à perpétuité à surveiller avec attention les marques du temps.

2ème prix CONCOURS Thème "correspondance"
St-Laurent-du-Var

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Histoire d' I

Il existe sur une île magique un régiment pacifique de jolies lettres minuscules, bien alignées, uniformes dans leur habit gris souris.

Oui, mais il y a un hic !

Dans cet amas d'amis unis, l'"I" irrite.

L'"I" est majuscule.

Il est immense, filiforme et culmine à l'altitude d'un if.

Gentil, il fait tout son possible pour se plier à la discipline du régiment. Il s'arrondit, s'aplatit... Il ne ressemble plus à rien et surtout pas à lui.

Il arrive parfois à se faire petit mais pas identique. Différent, quand il exhibe son point, il ébahit. Et son accent venu d'ailleurs stupéfie, car circonflexe, il n'imite pas le képi.

A force de se contorsionner, se plisser, se ratatiner, sa santé périclite ; il devient neurasthénique et vert !

Ses amis rient et disent :

"Hi hi hi... Vite aux abris, l'"I" vert arrive."
"Fuyez les frileux, voilà l'"I" vert, la pluie"
"Sapristi, l'"I" vert est long et rigoureux".

Lassé des lazzi, ne voyant pas d'autre issue que l'exil, le grand "I" se dirige vers la sortie, en sautillant sur son unique appui.


Constatant que leur camarade manque à l'appel, l'armée des semblables est toute décontenancée, complètement perdue.

En son absence
aimer se transforme en amer,
la vie perd tout son sens,
on n'a plus aucune idée
et rire n'est pas concevable.


Et l'"I" vert, me direz-vous, où est-il ?

Au printemps, il est parti tester son Q.I. et il a repris de jolis coloris, une mine magnifique.

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